Le Gerdal a été fondé en 1983 autour de Jean-Pierre Darré (docteur en anthropologie, chercheur au CNRS), avec Roger Le Guen (sociologue, enseignant chercheur à l’ESA d’Angers) et Bruno Lémery (sociologue, enseignant chercheur à l’ENESAD (Établissement national d’enseignement supérieur agronomique) de Dijon). La création du Gerdal s’inscrit dans le contexte des Etats Généraux du Développement Agricole qui voit émerger un certain nombre de critiques de l’organisation du développement agricole et de l’offre de conseil aux agriculteurs en France. Ces critiques, de la part d’agriculteurs autant que de conseillers, mettaient l’accent sur le faible nombre d’agriculteurs – souvent les mieux dotés en termes économique et culturel – qui bénéficiaient des actions de développement et/ou étaient en relation avec des conseillers. Etaient pointés aussi les effets d’homogénéisation des modèles de production, d’augmentation de la dépendance des agriculteurs à l’égard des entreprises agro-commerciales, ou encore le creusement des écarts de productivité et de revenu entre régions et entre agriculteurs au sein des régions.
Dans ce contexte, le projet du GERDAL est basé sur une profonde remise en question du modèle de division du travail qui sous-tend l’organisation du développement agricole alors en vigueur, à savoir une conception linéaire et diffusionniste de la production de connaissance depuis les centres de recherche (INRA, instituts techniques) vers les agriculteurs. Pour Jean-Pierre Darré (qui avait été formateur de conseillers agricoles), il s’agissait d’expérimenter une autre façon de travailler avec les agriculteurs, en leur redonnant l’initiative de la définition des problèmes à traiter et en les plaçant au cœur de la recherche de solutions, envisagée comme une activité de production de connaissance (cf. Cahiers du Gerdal n°1 et n°2). Les travaux de Jean Pierre Darré sur la manière dont les agriculteurs raisonnent leurs pratiques, les transforment et les adaptent en permanence, et sur les normes (systèmes de pensée) qui les fondent (cf. Darré, 1985, La parole et la technique), mettaient en évidence la spécificité de la connaissance des praticiens – par rapport à la connaissance scientifique – et de l’activité de production de connaissance par les agriculteurs à laquelle renvoie le changement technique.

