Au fil des années, sur la base des résultats des expérimentations et des recherches développées depuis les années 80, ainsi que de l’évolution des demandes adressées au Gerdal et des partenariats, les travaux de recherche et les terrains d’intervention se sont élargis et diversifiés. Les questions sur les processus de changement : comment les agriculteurs transforment les règles d’action qui guident leurs pratiques, traitent les demandes- injonctions qui leur sont adressées, et sur quelles dynamiques socioprofessionnelles cela repose, restant cependant plus que jamais d’actualité, notamment autour d’enjeux de transition agricole et alimentaire, mais aussi de profonde reconfiguration du monde agricole et des métiers.
- Concertation, coopération pour l’action : les conditions d’efficacité du dialogue entre acteurs de points de vue différents pour résoudre des problèmes complexes. Les questions de concertation entre agriculteurs et environnementalistes (et plus largement entre le monde agricole et les acteurs intervenant dans le cadre de politiques publiques locales de protection des ressources naturelles), sont devenues récurrentes. Les chantiers menés par le Gerdal, à partir des années 2000 (par Jacqueline Candau et Claire Ruault, en partenariat avec l’INRA de St Laurent de la Prée sur le marais charentais dans le cadre du programme national de recherche sur les zones humides (PNRZH), ou avec Marion Diaz sur les bassins versants Bretons dans le cadre des politiques publiques régionales de protection de la ressource en eau) ont permis de construire une démarche d’analyse des dimensions en jeu dans la concertation entre acteurs de points de vue différents, et des conditions d’un dialogue productif. Partant de là le Gerdal a développé un axe de recherche et d’expérimentation spécifique autour de la question des dispositifs pluri-acteurs de travail et des conditions de leur efficacité pour produire des réponses pertinentes aux problèmes à résoudre et construire l’action en commun. (cf. Candau & Ruault, 2002 et 2006 ; Ruault & Lémery, 2008 ; Ruault, 2017) . Les propositions de méthode qui en découlent, en direction des acteurs impliqués dans de telles démarches, sont depuis mises à l’épreuve et ajustées en permanence autour de problématiques variées : gestion-protection des ressources naturelles, articulation entre développement urbain et maintien de l‘agriculture autour des villes (exemples : projet PALDU ; DAUME , relocalisation de filières, développement des circuits courts, etc.
L’émergence de programmes de développement territorial dans lesquels les agriculteurs sont sollicités de façon spécifique, a amené le Gerdal à porter une attention particulière aux conditions de construction d’une voix professionnelle collective susceptible de contribuer à l’élaboration d’actions pertinentes au regard d’enjeux qui ne font pas consensus.
- Évolution des métiers du conseil et du développement agricole, consolidation et adaptation des outils méthodologiques d’appui aux agriculteurs et d’animation de développement
Les recherches sur les métiers du conseil agricole initiés par Bruno Lémery, qui en avait fait l’objet de sa thèse en 1991, se sont poursuivies pour cerner les évolutions des métiers et compétences en lien avec les reconfigurations institutionnelles du champ du conseil agricole, ou avec la montée en puissance du développement territorial et l’arrivée de nouveaux acteurs tels que les collectivités territoriales. Autour des enjeux de transition agroécologique, les conseillers, animateurs, techniciens sont aujourd’hui en première ligne. Les travaux du Gerdal visent à analyser leurs positionnements, leurs marges de manœuvre dans des systèmes d’acteurs institutionnels complexes, et à fournir des moyens d’analyse pour penser- questionner- le rôle d’appui au changement, et des outils de méthode pour intervenir. Les objectifs de changement de pratiques sont revenus au premier plan – mais ils l’ont peut-être toujours été ! – des programmes et projets de développement. Une des questions récurrentes adressées au Gerdal porte sur « comment s’y prendre pour créer ou renforcer des dynamiques collectives autour de tels objectifs, sur quelles bases constituer des groupes qui fonctionnent, comment les « animer » et les maintenir sur la durée ? » (voir article « Accompagner les transitions agricoles et alimentaires : combiner capacités d’analyse et compétences d’intervention » AES 14-2).
Ces questions sont explorées à partir de situations concrètes d’intervention de développement sur des territoires et autour de problématiques spécifiques (diminution de l’usage des pesticides sur des bassins versants autour d’enjeux de qualité de l’eau, développement de circuits courts, évolution des pratiques en santé animale …). Les outils méthodologiques proposés par le Gerdal pour aider les agents dans leur travail, s’ils restent ancrés dans les fondamentaux de la Recherche Coactive de Solution (Darré, 2006) (lien), sont constamment mis à l’épreuve de la pratique et adaptés aux situations, à la fois au regard des conditions institutionnelles de travail des agents et des caractéristiques du tissu agricole local. Les questions soulevées par les agents et les difficultés qu’ils rencontrent ne peuvent pas en effet se résumer à des questions de méthode d’animation. (voir article « Les agents de développement face au défi de la transition agroécologique : complexification des métiers dans un contexte brouillé « AES 14-2).
- L’étude des dynamiques propres au développement de l’agriculture biologique. Dans les années 1990, c’est un questionnement de la FNAB adressé au Gerdal, sur la position des agriculteurs bios dans le milieu agricole, qui donne lieu aux premiers travaux sur l’agriculture biologique. Poursuivis durant plus de dix ans, ils ont permis d’avoir une vision de l’évolution des profils d’agriculteurs biologiques et de leur insertion dans les réseaux professionnels locaux, débouchant notamment sur la notion de double appartenance des agriculteurs biologiques (cf. Le Guen et Ruault, 1994 ; Ruault, 1992).
Entre 2011 et 2020 la question des liens entre agriculteurs bio et agriculteurs conventionnels, et de leur rôle dans l‘évolution des pratiques agricoles est revisitée autour des enjeux de santé animale et de diminution des antibiotiques (plan Ecoantibio, mis en place par le Ministère de l’agriculture en 2011), dans le cadre d’un partenariat autour de l’ITAB et avec de nombreux organismes de développement, de formation et des groupes d’éleveurs (projets Synergie et Otoveil .
Élargissement des partenariats de développement et de recherche (Voir rubrique Activités)
Parallèlement à l’évolution des thématiques et terrains de recherche- intervention depuis les années 2000, et encore plus depuis 2010, les partenariats de recherche ou de développement du Gerdal (anciens tels que : instituts techniques et INRA, Chambres d’agriculture, Civam, TRAME, CUMA et FNCUMA, coopératives, enseignement agricole …) se sont élargis à de nouveaux acteurs, à l’image de la diversification des intervenants autour de l’agriculture : collectivités territoriales (régionales et locales), parcs naturels régionaux, comités de bassins versants et agences de l’eau, CPIE, associations professionnelles spécialisées (santé animale, agroforesterie, circuits courts, etc.)…
Ainsi les sollicitations adressées au Gerdal sont aujourd’hui extrêmement variées, mais on notera qu’une part importante des préoccupations qui traversent l’ensemble du monde du développement autant que de la recherche-action, porte sur les difficultés à engager les agriculteurs dans des dispositifs se voulant « participatifs », de « co-construction » ou « co-conception », en lien avec des objectifs de transition agroécologique notamment. L’analyse – et la compréhension de ce qui peut expliquer – les écarts entre de tels objectifs et ce que les équipes arrivent à faire concrètement sur le terrain est un axe de recherche qui vise à éclairer autant l’évolution des dynamiques agricoles que les tensions à l’œuvre dans les métiers du développement agricole et territorial (cf. Dietsch & Ruault, 2010 et Rapport Ifrée- Gerdal 2023 «Évolution des modes de production agricoles en faveur de la préservation de la ressource en eau: où sont les « freins au changement ? Réflexion sur les limites de l’intervention centrée sur l’animation agricole », 2023. Ce sont aussi des chantiers (sur la conception d’itinéraires techniques économes en intrants, la mise au point de méthodes préventives en santé animale, la gestion des prairies, la sélection variétale…) où la question, chère au Gerdal, de la place respective des experts et chercheurs, d’un côté, et des praticiens de l’autre, dans la production de connaissances continue de se poser de façon aigüe.

