Si le Gerdal n’intervient pas de façon prioritaire dans les pays du Sud, des liens se sont mis en place dès les années 90 avec des organismes de formation, de développement et de recherche dans certains de ces pays, notamment au Maroc où Jean Pierre Darré dispense durant dix ans à l’ENA de Meknès des enseignements en sociologie du développement. A partir des années 2000, favorisés par les formations proposées au CNEARC (devenu Institut Agro Montpellier– pole Tropiques et Méditerranée) auprès de cadres et agents de pays d’Afrique et d’Amérique Latine, ainsi que par les liens avec le service DEFIS, plusieurs partenariats se développent.
- Avec l’Université Centre Américaine (UCA) au Nicaragua, la collaboration menée entre 2005 et 2010 a permis d’intégrer les approches conceptuelles et les outils méthodologiques développés par le Gerdal dans une formation de Master en Développement Rural. Parallèlement aux formations, des expérimentations auprès de communautés agricoles, conduites par l’équipe ADAA (Area de Desarrollo Agrario) de la UCA, ont permis de mettre à l’épreuve et adapter ces approches. Le suivi et la réflexion collective sur ces travaux de terrain et sur les difficultés rencontrées, ainsi que plusieurs travaux d’étudiants ont permis une analyse des résultats et d’en tirer des enseignements. (cf. « Interrogar otros puntos de vista sobre desarrollo rural. Sistematización de la implementación del enfoque Gerdal en las comunidades de la subcuenca Maunica-Carbonal » , 2007-2010).
- Avec Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF), une analyse comparative de différents dispositifs d’appui aux paysans autour d’objectifs de transition agroécologique ; analyse qui a notamment fait ressortir l’importance de mieux prendre en compte les dimensions sociologiques en jeu dans ce type de dispositifs, et plus globalement dans les processus de changement attendus (Cf. « Les dispositifs d’appui aux transitions agroécologiques : du transfert de technologies à la dynamisation de processus locaux d’innovation ». Dietsch et al., 2019).
- Depuis 2017 un appui auprès de l’ONG française APDRA Pisciculture paysanne. Mené sur la durée, en combinant formation et interventions de terrain, cet appui a permis une réflexion collective approfondie au sein de l’équipe APDRA Madagascar sur la manière d’intégrer la démarche de Recherche co-active de solutions dans ses stratégies d’intervention en faveur du développement de la pisciculture paysanne (cf. « Développer la rizipisciculture grâce à la recherche coactive de solutions ». Document de capitalisation, APDRA, 2023.
Ces collaborations avec des acteurs de développement dans les pays du Sud se poursuivent aujourd’hui, par exemple avec l’organisation belge Collectif Stratégies Alimentaires (CSA) dans l’appui à ses organisations de producteurs partenaires au Burundi, République Démocratique du Congo et Philippines. Les motifs de partenariat avec le Gerdal sont liés de façon récurrente à des préoccupations sur l’efficacité de leurs services d’appui aux producteurs et à leur souhait de mieux répondre aux difficultés et problèmes que ces derniers se posent. Il peut s’agir aussi d’expérimenter des démarches de recherche-action (en partenariat avec des chercheurs) conçus comme des processus de Recherche co-active de solutions à certains de ces problèmes. Outre le renforcement des formations – des compétences- d’agents et cadres du développement agricole et rural dans ces régions à forte population agricole, un des enjeux de ces collaborations est de créer les conditions d’une réflexion collective au sein des équipes sur leurs modes d’intervention, d’une capacité à questionner les « logiques de projets » (souvent décalés par rapport aux logiques d’action des populations paysannes), et de contribuer ainsi à une plus grande autonomie et efficacité d’action.
Bien que situés dans des contextes spécifiques différents du contexte français, les questionnements des agents sur la pertinence des logiques de projets, sur les liens entre recherche et intervention de développement, entre chercheurs, techniciens ou conseillers, et agriculteurs, ou encore sur les dynamiques de changement de pratiques et leurs déterminants sont en fait assez similaires.

