Dès les premières années le Gerdal développe des collaborations étroites avec les établissements d’enseignement supérieur agricole : l’ENESAD (devenu Institut Agro) de Dijon où Bruno Lémery est enseignant chercheur, l’ESA (Ecole Supérieure d’Agriculture) d’Angers autour de Roger Le Guen, également enseignant chercheur, ou encore l’ENA (Ecole Nationale d’Agronomie) de Meknès au Maroc où Jean-Pierre Darré conduit des enseignements au sein d’un parcours « Ingénierie du développement ». Il s’agit de donner aux étudiants des bases sociologiques pour comprendre les processus d’innovation en milieu agricole et questionner le rôle et la position de l’ingénieur (futur ingénieur), du chercheur ou de l’agent de développement dans ces processus, ainsi que de leur offrir la possibilité de participer aux travaux de recherche du Gerdal par des études de terrain (cf. cahiers du Gerdal n° 15 et n° 18 ). Les héritiers de ces enseignements sont nombreux, qui collaborent ensuite avec le Gerdal ou qui ont développé leurs propres travaux.

Un partenariat sur la durée avec l’Institut Agro Montpelier – Pole Tropiques et Méditerranée (ex CNEARC)

A partir des années 1990 un partenariat est mis en place avec le CNEARC (Centre National d’Etudes Agronomiques des Régions Chaudes, devenu Institut agro Montpellier/ Pole tropiques et méditerranée). Jean Pierre Darré y conduit d’abord un module sur une semaine, intitulé « dynamiques des connaissances et changement technique en agriculture : rôle et fonctions des agents de développement », dans le cadre du Master ADR (Acteur du développement Rural). Ce module sera repris en 2000 par Claire Ruault et développé sur un mois avec plusieurs semaines sur le terrain pour répondre à une commande (d’organismes de développement, de collectivités territoriales, d’organisations professionnelles, etc.). Une telle configuration permettait de relier les apports conceptuels et les outils de méthode, en mettant en pratique ces derniers et en ancrant la réflexion sur l’appui à l’innovation dans une réalité de terrain, autrement dit en articulant des capacités d’analyse et d’intervention (cf. Boussou, Ruault, Taraud, 2007 : Le partenariat Gerdal-CNEARC au service de la formation professionnele de cadres et agents de développement dans les pays du Sud  et Ruault, 2025, article AES 2).

Un deuxième module sur un mois portant sur la conduite de l’enquête socio technique dans une perspective compréhensive a été créé avec Joël Taraud et a donné lieu à de nombreuses études, toujours dans une perspective d’action. Ce module a été conduit plusieurs années au Portugal dans le cadre d’un partenariat avec l’Escola Superior d’Agraria (ESA) de Coimbra (cf. exemple ; Une approche de la dynamique sociotechnique de l’agriculture du Concelho de Góis (Beira Serra – Portugal)  puis, en réponse à des commandes en France sur des problématiques variées : accès au foncier / transmission-installation, évolution des pratiques en lien avec des enjeux environnementaux, santé animale, développement de circuits courts, etc. (A suivre,exemples de ces travaux)  1- Avenir de l’agriculture en Chartreuse, accès au foncier  2- Agriculture et accès au foncier Salagou 3- Rapport Étude foncière Val Française_2010 

A travers ces différents enseignements c’est une réflexion de fond sur les métiers d’ingénieur et d’agents de développement, et sur le type de compétences à acquérir, qui est conduite par l’équipe du Gerdal en partenariat avec les enseignants et formateurs (cf. note de travail sur les compétences). C’est aussi une réflexion sur la question du développement dans les pays du Sud et de la position du « développeur étranger » qui est menée. Dans ce sens les travaux du GERDAL font écho à ceux qui émergent dans les années 80 en Afrique ou en Amérique latine pour remettre en question le modèle scientiste diffusionniste qui imprégnait alors la majorité des « projets de développement », et remettre au premier plan les « savoirs paysans » et les dynamiques propres des communautés paysannes (cf. par exemple : Dupré, 1991. Savoirs paysans et développement). Le Gerdal propose ainsi une grille d’analyse et des outils opérationnels pour saisir ces dynamiques paysannes et ce que recouvre précisément cette notion de savoirs paysans, ou de connaissances des praticiens, pour reprendre la notion de Jean Pierre Darré.

Au sein de l’Institut Agro Montpellier le partenariat construit avec le service DEFIS (lien) a donné lieu notamment à des chantiers conjoints d’appui à la conception de parcours de formation de cadres et agents de développement au sein d’universités de pays du Sud : la UCA au Nicaragua, l’université de Ouagadougou au Burkina Fasso. Un des enjeux de ces formations étant de renforcer le lien entre universités et organisations intervenant sur le terrain, autrement dit, entre monde académique et monde du développement agricole – et à fortiori, monde paysan – dans des contextes où la hiérarchie sociale établie survalorise le premier aux dépens des seconds.

Au fil du temps c’est une certaine culture commune qui s’est construite au profit des futurs professionnels du développement. En témoignent notamment la publication de « La recherche coactive de solutions entre agriculteurs et agents de développement » (Darré, 2006), la mise au point d’une démarche compréhensive d’étude, à l’échelle locale, des agricultures et des dynamiques agricoles, qui intègre à « l’analyse système » (système agraire, système de production, de culture, d’élevage), la prise en compte de la dimension sociale des processus de changement de pratiques, avec les outils de l’analyse sociologique ou socio technique correspondant (le lien entre pratiques et systèmes de normes et les moyens de les décrire, l’étude des réseaux de dialogue, des interactions entre agriculteurs et autres acteurs, la notion de système d’acteurs … ).