C’est dans ce contexte que le GERDAL propose d’expérimenter un nouveau dispositif de développement agricole. Il est mis en place dans plusieurs départements en France (Ariège, Cantal, Dordogne, Haute-Saône, Nord, Indre), avec l’appui financier de 1983 à 1986 du Ministère de la Recherche au travers du programme « Diversification des modèles de développement rural » (DMDR), du Ministère de l’Agriculture (Direction de l’Enseignement et de la Recherche (DGER)) et de l’Association nationale de développement agricole (ANDA). L’originalité de la démarche était d’associer étroitement l’intervention sur le terrain, impliquant des équipes d’agents de développement souvent pluri institutionnelles (Chambres d’agriculture avec leur Service d’utilité agricole et de développement (SUAD), CFPPA, ADASEA, CUMA …), à un programme de recherche mené avec l’appui d’un réseau de chercheurs du CNRS (laboratoire de sociologie rurale de Marcel Jollivet), de l’INRA SAD (Systèmes Agraires et Développement), d’instituts techniques (Institut de l’Elevage en particulier) et d’écoles supérieures d’agronomie (ESA d’Angers et ENESAD de Dijon en particulier). Le premier conseil scientifique du Gerdal est ainsi composé de Philippe Lacombe, professeur d’économie rurale à l’Ecole nationale d’agronomie de Montpellier, Marcel Jolivet, Directeur du groupe de recherche sociologique (CNRS Nanterre), Bernard Hubert, Directeur de l’Unité d’Ecodéveloppement (INRA d’Avignon), Lucie Tanguy, directrice de recherche, groupe de sociologie du travail (CNRS Paris Jussieu). Côté développement, des liens étroits sont noués avec la FNGEDA (Fédération Nationale des Groupes d’Etude et de Développement Agricoles, réunie ensuite au sein de TRAME), en la personne de Jean Muret, avec l’APCA, avec l’AFMR d’Etcharry qui forme les conseillers agricoles au métier, ou encore avec des fédérations régionales de CUMA.
Le volet action de développement visait à augmenter le nombre d’agriculteurs impliqués dans des actions de développement et à renforcer leurs capacités d’initiative et d’innovation à travers une démarche dont on peut résumer les principes (cf. Darré & Ruault, « La démarche Gerdal d’action locale : fondements et principes de méthode« « ; Cahiers du Gerdal n°1, et n° 9
- Les agriculteurs sont les mieux placés pour définir les problèmes qu’ils ont à traiter et pour les résoudre (vs les techniciens et les chercheurs) ;
- Le sujet du développement n’est pas l’agriculteur pris isolément, mais l’ensemble des agriculteurs en relation au quotidien dans le cadre de leurs activités. Au sein de ces réseaux d’interconnaissance, lieux de coopération matérielle et d’échange d’idées, se (re)discutent en permanence les pratiques, les problèmes du moment et comment les résoudre. Ainsi « la démarche du Gerdal n’est pas le fruit d’un parti pris idéologique en faveur du collectif, mais se fonde sur la sociabilité professionnelle ordinaire des agriculteurs » (Cahiers du Gerdal n°17) ;
- Le rôle des agents est centré sur une fonction « d’aide à la formulation et à la résolution de problèmes » ou « aide méthodologique à la réflexion ». Il s’agit de passer de la diffusion- vulgarisation de connaissances à un rôle centré sur le renforcement de l’activité réflexive des agriculteurs. Ce rôle implique des compétences méthodologiques spécifiques, qui seront développées et expérimentées avec l’appui de Xavier Bonnet Eymard, formateur à Etcharry (cf. Agriscope, n° spécial, 1986, pp 95-103).
Le volet recherche visait à analyser les conditions de fonctionnement et les effets du dispositif, en impliquant les équipes d’agents de développement dans la réflexion collective. Il se déclinait principalement autour de trois axes sociologiques :
- L’analyse des formes et fonctions des réseaux de dialogue des agriculteurs au sein de leur milieux professionnels locaux, en particulier leur rôle dans l’évolution des pratiques/modes de production et dans la transformation des normes de l‘action à laquelle cela renvoie ;
- L’analyse des processus de coopération / tensions entre les agriculteurs et les techniciens (conseillers, animateurs…) dans la formulation et le traitement des problèmes, notamment centrée sur l’analyse de leurs décalages, et sur les conditions d’articulation entre la connaissance scientifique et la connaissance pratique dans la recherche de solutions ;
- Les effets des expérimentations sur les dynamiques socio professionnelles agricoles locales dans les territoires d’intervention du GERDAL, et réciproquement la façon dont leurs caractéristiques interagissent avec le dispositif d’intervention et avec les résultats sur le terrain (en termes de participation, de capacités collectives à résoudre les problèmes…).
C’est dans le cadre de ces deux derniers axes de recherche que Claire Ruault a rejoint l’équipe du Gerdal en 1989.
Ces travaux ont fait l’objet, dès le départ, de séminaires, avec le souci d’ouvrir la réflexion et de croiser les points de vue en réunissant conseillers agricoles et animateurs de groupes, techniciens spécialisés, chercheurs de différentes disciplines, agriculteurs, acteurs de l’enseignement agricole ; et de publications, dont notamment :
- Les Cahiers du GERDALpubliés durant une dizaine d’années ;
- Un numéro spécial de la revue Agriscope (Groupe ESA, 1986) : L’élaboration des modèles de vie et de travail en agriculture. Les recherches du GERDAL ;
- L’ouvrage d’analyse approfondie du dispositif et de ses effets : L’invention collective de l’action. Initiatives de groupes d’agriculteurs et développement local (Ruault, 1996) ;
- Un film : Paroles de paysans, histoires de développement Cf. Texte de présentation et Visionnage ;
- Et de nombreux articles (Cf travaux et publications).
Par la suite, les activités du Gerdal, continuant d’associer recherche et appui au développement agricole et local, ont été menées – et c’est toujours le cas aujourd’hui – dans le cadre de partenariats pluri-institutionnels et financées de manière très diverse : par l’ANR, les fonds ANDA (devenus CASDAR), et au travers de conventions avec des organismes de développement, des collectivités territoriales dans le cadre de leurs politiques publiques locales, des organismes de formation professionnelle …

