Passer au contenu
GERDAL LogoGERDAL Logo
Groupe d’Expérimentation et de Recherche : Développement et Actions Localisées
  • Accueil
  • Présentation
    • Le Gerdal
    • La lettre d’information du Gerdal
    • De la création du Gerdal à aujourd’hui : un peu d’histoire
    • Archives
  • Actualités
  • Recherches & Activités
    • Recherches
    • Appui méthodologique & Expertise
    • Formation & Enseignement
  • Séminaires & Journées d’étude
  • Travaux & Publications
    • Les Fondamentaux
    • Travaux récents
    • Toutes les Publications

De la création du Gerdal à aujourd’hui : un peu d’histoire

De la création du Gerdal à aujourd’hui : un peu d’histoireBrice DUCLO2025-11-26T09:40:56+01:00

1- Années 80, dans le contexte des États Généraux du Développement Agricole, une remise en question du modèle diffusionniste

Le Gerdal a été fondé en 1983 autour de Jean-Pierre Darré (docteur en anthropologie, chercheur au CNRS), avec Roger Le Guen (sociologue, enseignant chercheur à l’ESA d’Angers) et Bruno Lémery (sociologue, enseignant chercheur à l’ENESAD (Établissement national d’enseignement supérieur agronomique) de Dijon). La création du Gerdal s’inscrit dans le contexte des Etats Généraux du Développement Agricole qui voit émerger un certain nombre de critiques de l’organisation du développement agricole et de l’offre de conseil aux agriculteurs en France. Ces critiques, de la part d’agriculteurs autant que de conseillers, mettaient l’accent sur le faible nombre d’agriculteurs – souvent les mieux dotés en termes économique et culturel – qui bénéficiaient des actions de développement et/ou étaient en relation avec des conseillers. Etaient pointés aussi les effets d’homogénéisation des modèles de production, d’augmentation de la dépendance des agriculteurs à l’égard des entreprises agro-commerciales, ou encore le creusement des écarts de productivité et de revenu entre régions et entre agriculteurs au sein des régions.

Dans ce contexte, le projet du GERDAL est basé sur une profonde remise en question du modèle de division du travail qui sous-tend l’organisation du développement agricole alors en vigueur, à savoir une conception linéaire et diffusionniste de la production de connaissance depuis les centres de recherche (INRA, instituts techniques) vers les agriculteurs. Pour Jean-Pierre Darré (qui avait été formateur de conseillers agricoles), il s’agissait d’expérimenter une autre façon de travailler avec les agriculteurs, en leur redonnant l’initiative de la définition des problèmes à traiter et en les plaçant au cœur de la recherche de solutions, envisagée comme une activité de production de connaissance (cf. Cahiers du Gerdal n°1 et n°2). Les travaux de Jean Pierre Darré sur la manière dont les agriculteurs raisonnent leurs pratiques, les transforment et les adaptent en permanence, et sur les normes (systèmes de pensée) qui les fondent (cf. Darré, 1985, La parole et la technique), mettaient en évidence la spécificité de la connaissance des praticiens – par rapport à la connaissance scientifique – et de l’activité de production de connaissance par les agriculteurs à laquelle renvoie le changement technique.

2- Le GERDAL : articuler intervention de développement et recherche

C’est dans ce contexte que le GERDAL propose d’expérimenter un nouveau dispositif de développement agricole. Il est mis en place dans plusieurs départements en France (Ariège, Cantal, Dordogne, Haute-Saône, Nord, Indre), avec l’appui financier de 1983 à 1986 du Ministère de la Recherche au travers du programme « Diversification des modèles de développement rural » (DMDR), du Ministère de l’Agriculture (Direction de l’Enseignement et de la Recherche (DGER)) et de l’Association nationale de développement agricole (ANDA). L’originalité de la démarche était d’associer étroitement l’intervention sur le terrain, impliquant des équipes d’agents de développement souvent pluri institutionnelles (Chambres d’agriculture avec leur Service d’utilité agricole et de développement (SUAD), CFPPA, ADASEA, CUMA …), à un programme de recherche mené avec l’appui d’un réseau de chercheurs du CNRS (laboratoire de sociologie rurale de Marcel Jollivet), de l’INRA SAD (Systèmes Agraires et Développement), d’instituts techniques (Institut de l’Elevage en particulier) et d’écoles supérieures d’agronomie (ESA d’Angers et ENESAD de Dijon en particulier). Le premier conseil scientifique du Gerdal est ainsi composé de Philippe Lacombe, professeur d’économie rurale à l’Ecole nationale d’agronomie de Montpellier, Marcel Jolivet, Directeur du groupe de recherche sociologique (CNRS Nanterre), Bernard Hubert, Directeur de l’Unité d’Ecodéveloppement (INRA d’Avignon), Lucie Tanguy, directrice de recherche, groupe de sociologie du travail (CNRS Paris Jussieu). Côté développement, des liens étroits sont noués avec la FNGEDA (Fédération Nationale des Groupes d’Etude et de Développement Agricoles, réunie ensuite au sein de TRAME), en la personne de Jean Muret, avec l’APCA, avec l’AFMR d’Etcharry qui forme les conseillers agricoles au métier, ou encore avec des fédérations régionales de CUMA.

Le volet action de développement visait à augmenter le nombre d’agriculteurs impliqués dans des actions de développement et à renforcer leurs capacités d’initiative et d’innovation à travers une démarche dont on peut résumer les principes (cf. Darré & Ruault, « La démarche Gerdal d’action locale : fondements et principes de méthode« «  ; Cahiers du Gerdal n°1,  et n° 9

  • Les agriculteurs sont les mieux placés pour définir les problèmes qu’ils ont à traiter et pour les résoudre (vs les techniciens et les chercheurs) ;
  • Le sujet du développement n’est pas l’agriculteur pris isolément, mais l’ensemble des agriculteurs en relation au quotidien dans le cadre de leurs activités. Au sein de ces réseaux d’interconnaissance, lieux de coopération matérielle et d’échange d’idées, se (re)discutent en permanence les pratiques, les problèmes du moment et comment les résoudre. Ainsi « la démarche du Gerdal n’est pas le fruit d’un parti pris idéologique en faveur du collectif, mais se fonde sur la sociabilité professionnelle ordinaire des agriculteurs » (Cahiers du Gerdal n°17)  ;
  • Le rôle des agents est centré sur une fonction « d’aide à la formulation et à la résolution de problèmes » ou « aide méthodologique à la réflexion ». Il s’agit de passer de la diffusion- vulgarisation de connaissances à un rôle centré sur le renforcement de l’activité réflexive des agriculteurs. Ce rôle implique des compétences méthodologiques spécifiques, qui seront développées et expérimentées avec l’appui de Xavier Bonnet Eymard, formateur à Etcharry (cf. Agriscope, n° spécial, 1986, pp 95-103).

Le volet recherche visait à analyser les conditions de fonctionnement et les effets du dispositif, en impliquant les équipes d’agents de développement dans la réflexion collective. Il se déclinait principalement autour de trois axes sociologiques :

  • L’analyse des formes et fonctions des réseaux de dialogue des agriculteurs au sein de leur milieux professionnels locaux, en particulier leur rôle dans l’évolution des pratiques/modes de production et dans la transformation des normes de l‘action à laquelle cela renvoie ;
  • L’analyse des processus de coopération / tensions entre les agriculteurs et les techniciens (conseillers, animateurs…) dans la formulation et le traitement des problèmes, notamment centrée sur l’analyse de leurs décalages, et sur les conditions d’articulation entre la connaissance scientifique et la connaissance pratique dans la recherche de solutions ;
  • Les effets des expérimentations sur les dynamiques socio professionnelles agricoles locales dans les territoires d’intervention du GERDAL, et réciproquement la façon dont leurs caractéristiques interagissent avec le dispositif d’intervention et avec les résultats sur le terrain (en termes de participation, de capacités collectives à résoudre les problèmes…).

C’est dans le cadre de ces deux derniers axes de recherche que Claire Ruault a rejoint l’équipe du Gerdal en 1989.

Ces travaux ont fait l’objet, dès le départ, de séminaires, avec le souci d’ouvrir la réflexion et de croiser les points de vue en réunissant conseillers agricoles et animateurs de groupes, techniciens spécialisés, chercheurs de différentes disciplines, agriculteurs, acteurs de l’enseignement agricole ; et de publications, dont notamment :

  • Les Cahiers du GERDALpubliés durant une dizaine d’années ;
  • Un numéro spécial de la revue Agriscope (Groupe ESA, 1986) : L’élaboration des modèles de vie et de travail en agriculture. Les recherches du GERDAL ;
  • L’ouvrage d’analyse approfondie du dispositif et de ses effets : L’invention collective de l’action. Initiatives de groupes d’agriculteurs et développement local (Ruault, 1996) ;
  • Un film : Paroles de paysans, histoires de développement  Cf. Texte de présentation et Visionnage ;
  • Et de nombreux articles (Cf travaux et publications).

Par la suite, les activités du Gerdal, continuant d’associer recherche et appui au développement agricole et local, ont été menées – et c’est toujours le cas aujourd’hui – dans le cadre de partenariats pluri-institutionnels et financées de manière très diverse : par l’ANR, les fonds ANDA (devenus CASDAR), et au travers de conventions avec des organismes de développement, des collectivités territoriales dans le cadre de leurs politiques publiques locales, des organismes de formation professionnelle …

3- Un compagnonnage structurant avec l’INRA- département Systèmes Agraires et Développement (devenu INRAE – ACT)

La collaboration avec l’INRA a démarré dès la création du Gerdal sur la question « des raisons des pratiques des agriculteurs », autour de l’idée, propre aux chercheurs du SAD, « que les agriculteurs ont de bonnes raisons de faire ce qu’ils font ». Les travaux de terrain et les séminaires de formation animés par Jean-Pierre Darré ont permis d’expérimenter et de mettre au point des outils d’un dialogue compréhensif entre chercheurs et agriculteurs, marquant durablement les premiers dans leur manière de raisonner et de conduire leurs activités de recherche, comme le rappelait Bernard Hubert lors de la journée en hommage à Jean-Pierre Darré en septembre 2014 (Cf. SAD Info nov 2014). Ces collaborations ont donné lieu en 1993 au numéro de la revue Etudes Rurales : « Raisons et pratiques. Dialogue avec un éleveur ovin » (Darré et al, Etudes rurales n° 131-132), puis à l’ouvrage majeur « Le sens des pratiques. Conceptions d’agriculteurs et modèles d’agronomes », coordonné avec Jacques Lasseur et Anne Mathieu (Darré, Mathieu, Lasseur, 2004).

La collaboration avec l’INRA SAD a aussi porté, dès les années 1990, sur la recherche-action, au sein de chantiers tels que le programme AGREV (Agriculture et Environnement à Vittel, sur le lien entre agriculture et qualité de l’eau), ou le programme Aramis PNRZH (programme national de recherche sur les zones humides), autour d’un enjeu de protection des zones humides sur les marais Charentais… Au cœur de ces chantiers, la question des conditions de la mise à contribution des agriculteurs dans la formulation et la résolution des problèmes à traiter, et de la position et du rôle du chercheur dans des dispositifs susceptibles de favoriser l’articulation entre connaissance scientifique et connaissances des praticiens. Un séminaire animé par Bruno Lémery et Claire Ruault en 1995- 1996 et s’appuyant sur une diversité de chantiers des chercheurs participants, a permis d’explorer les « Conditions et moyens de la coopération chercheurs – praticiens », et les questions méthodologiques que cela pose.

4- Le 3ème pilier des activités du Gerdal : formation et enseignements. Des collaborations anciennes avec les écoles d’agronomie

Dès les premières années le Gerdal développe des collaborations étroites avec les établissements d’enseignement supérieur agricole : l’ENESAD (devenu Institut Agro) de Dijon où Bruno Lémery est enseignant chercheur, l’ESA (Ecole Supérieure d’Agriculture) d’Angers autour de Roger Le Guen, également enseignant chercheur, ou encore l’ENA (Ecole Nationale d’Agronomie) de Meknès au Maroc où Jean-Pierre Darré conduit des enseignements au sein d’un parcours « Ingénierie du développement ». Il s’agit de donner aux étudiants des bases sociologiques pour comprendre les processus d’innovation en milieu agricole et questionner le rôle et la position de l’ingénieur (futur ingénieur), du chercheur ou de l’agent de développement dans ces processus, ainsi que de leur offrir la possibilité de participer aux travaux de recherche du Gerdal par des études de terrain (cf. cahiers du Gerdal n° 15 et n° 18 ). Les héritiers de ces enseignements sont nombreux, qui collaborent ensuite avec le Gerdal ou qui ont développé leurs propres travaux.

Un partenariat sur la durée avec l’Institut Agro Montpelier – Pole Tropiques et Méditerranée (ex CNEARC)

A partir des années 1990 un partenariat est mis en place avec le CNEARC (Centre National d’Etudes Agronomiques des Régions Chaudes, devenu Institut agro Montpellier/ Pole tropiques et méditerranée). Jean Pierre Darré y conduit d’abord un module sur une semaine, intitulé « dynamiques des connaissances et changement technique en agriculture : rôle et fonctions des agents de développement », dans le cadre du Master ADR (Acteur du développement Rural). Ce module sera repris en 2000 par Claire Ruault et développé sur un mois avec plusieurs semaines sur le terrain pour répondre à une commande (d’organismes de développement, de collectivités territoriales, d’organisations professionnelles, etc.). Une telle configuration permettait de relier les apports conceptuels et les outils de méthode, en mettant en pratique ces derniers et en ancrant la réflexion sur l’appui à l’innovation dans une réalité de terrain, autrement dit en articulant des capacités d’analyse et d’intervention (cf. Boussou, Ruault, Taraud, 2007 : Le partenariat Gerdal-CNEARC au service de la formation professionnele de cadres et agents de développement dans les pays du Sud  et Ruault, 2025, article AES 2).

Un deuxième module sur un mois portant sur la conduite de l’enquête socio technique dans une perspective compréhensive a été créé avec Joël Taraud et a donné lieu à de nombreuses études, toujours dans une perspective d’action. Ce module a été conduit plusieurs années au Portugal dans le cadre d’un partenariat avec l’Escola Superior d’Agraria (ESA) de Coimbra (cf. exemple ; Une approche de la dynamique sociotechnique de l’agriculture du Concelho de Góis (Beira Serra – Portugal)  puis, en réponse à des commandes en France sur des problématiques variées : accès au foncier / transmission-installation, évolution des pratiques en lien avec des enjeux environnementaux, santé animale, développement de circuits courts, etc. (A suivre,exemples de ces travaux)  1- Avenir de l’agriculture en Chartreuse, accès au foncier  2- Agriculture et accès au foncier Salagou 3- Rapport Étude foncière Val Française_2010 

A travers ces différents enseignements c’est une réflexion de fond sur les métiers d’ingénieur et d’agents de développement, et sur le type de compétences à acquérir, qui est conduite par l’équipe du Gerdal en partenariat avec les enseignants et formateurs (cf. note de travail sur les compétences). C’est aussi une réflexion sur la question du développement dans les pays du Sud et de la position du « développeur étranger » qui est menée. Dans ce sens les travaux du GERDAL font écho à ceux qui émergent dans les années 80 en Afrique ou en Amérique latine pour remettre en question le modèle scientiste diffusionniste qui imprégnait alors la majorité des « projets de développement », et remettre au premier plan les « savoirs paysans » et les dynamiques propres des communautés paysannes (cf. par exemple : Dupré, 1991. Savoirs paysans et développement). Le Gerdal propose ainsi une grille d’analyse et des outils opérationnels pour saisir ces dynamiques paysannes et ce que recouvre précisément cette notion de savoirs paysans, ou de connaissances des praticiens, pour reprendre la notion de Jean Pierre Darré.

Au sein de l’Institut Agro Montpellier le partenariat construit avec le service DEFIS (lien) a donné lieu notamment à des chantiers conjoints d’appui à la conception de parcours de formation de cadres et agents de développement au sein d’universités de pays du Sud : la UCA au Nicaragua, l’université de Ouagadougou au Burkina Fasso. Un des enjeux de ces formations étant de renforcer le lien entre universités et organisations intervenant sur le terrain, autrement dit, entre monde académique et monde du développement agricole – et à fortiori, monde paysan – dans des contextes où la hiérarchie sociale établie survalorise le premier aux dépens des seconds.

Au fil du temps c’est une certaine culture commune qui s’est construite au profit des futurs professionnels du développement. En témoignent notamment la publication de « La recherche coactive de solutions entre agriculteurs et agents de développement » (Darré, 2006), la mise au point d’une démarche compréhensive d’étude, à l’échelle locale, des agricultures et des dynamiques agricoles, qui intègre à « l’analyse système » (système agraire, système de production, de culture, d’élevage), la prise en compte de la dimension sociale des processus de changement de pratiques, avec les outils de l’analyse sociologique ou socio technique correspondant (le lien entre pratiques et systèmes de normes et les moyens de les décrire, l’étude des réseaux de dialogue, des interactions entre agriculteurs et autres acteurs, la notion de système d’acteurs … ).

5- La formation professionnelle : mettre les travaux du Gerdal à disposition des agents de développement agricole et des chercheurs

Dès sa création le GERDAL a mis en place une formation en direction d’agents de développement agricole, pour permettre l’acquisition de compétences spécifiques auxquelles renvoyaient une posture et un rôle « d’aide à la formulation et la résolution de problèmes » (ou « aide méthodologique à la réflexion », alors en rupture avec un rôle centré sur la diffusion de connaissances scientifiques et de messages techniques. La première formation (de 1983 à 1992) se déroulait sur deux semaines au centre de formation d’Etcharry (Association de formation en milieu rural (AFMR)) dans le cadre de la « formation au métier » proposée à tous les conseillers des Chambres d’agriculture, et était coanimée par Xavier Bonnet Eymard (formateur dans ce centre qui avait contribué à l’élaboration des outils d’aide méthodologique à la réflexion) et Jean-Pierre Darré. Dans son article « La spécificité de la formation Gerdal » (Cf. Agriscope 1986) , Xavier Bonnet Eymard mettait déjà l’accent sur la nécessité de « rompre avec les généralités de la formation à l’agnation », pour aller vers des compétences pointues « une attention à la parole, au discours du groupe », et une capacité à travailler sur cette parole, en tant que support de production d’idées.

Les activités de formation professionnelle se sont ensuite développées sous différentes formes :

  • construites à la carte dans le cadre de partenariats très divers (Chambres d’Agriculture, Civam, collectivités territoriales et PNR, INRAE, CIRAD, CPIE, coopératives, organismes de développement dans les pays du Sud…) en lien avec des programmes de développement et de recherche-action.
  • Une formation nationale ouverte à tous proposée annuellement (Voir exemple fiche de présentation).

Ces formations ont été conçues dès le départ comme des lieux de partage d’expériences entre agents, d’échange de pratiques et de réflexion collective sur leur métier et les difficultés qu’ils rencontrent. Associant l’acquisition ou le renforcement de compétences de méthode et des apports en sociologie du développement et du changement technique en agriculture, elles ont pour but d’aider les agents à y voir clair sur leur métier, leur position, et à gagner en autonomie dans la manière de conduire concrètement leur travail auprès des agriculteurs et, de plus en plus souvent, auprès d’autres acteurs avec lesquels ces derniers doivent composer.

Cette ambition est plus que jamais d’actualité dans un contexte de multiplication des intervenants autour de l’agriculture, mais aussi d’outils dit « participatifs » en tous genres, sur fond d’appauvrissement des bases conceptuelles et méthodologiques de l’intervention de développement (cf. Article de synthèse « Accompagner les transitions agricoles et alimentaires : combiner capacités d’analyse et compétences d’intervention. 40 ans de formation professionnelle d’agents de développement par le GERDAL », Revue AE&S n°14-2. 1 Appuyer les transitions agricoles, des compétences de méthode indissociables de capacités d’analyse des situations. 2- 23 – Les agents de développement face au défi de la transition agroécologique

6- Des collaborations diversifiées dans les pays du Sud

Si le Gerdal n’intervient pas de façon prioritaire dans les pays du Sud, des liens se sont mis en place dès les années 90 avec des organismes de formation, de développement et de recherche dans certains de ces pays, notamment au Maroc où Jean Pierre Darré dispense durant dix ans à l’ENA de Meknès des enseignements en sociologie du développement. A partir des années 2000, favorisés par les formations proposées au CNEARC (devenu Institut Agro Montpellier– pole Tropiques et Méditerranée) auprès de cadres et agents de pays d’Afrique et d’Amérique Latine, ainsi que par les liens avec le service DEFIS, plusieurs partenariats se développent.

  • Avec l’Université Centre Américaine (UCA) au Nicaragua, la collaboration menée entre 2005 et 2010 a permis d’intégrer les approches conceptuelles et les outils méthodologiques développés par le Gerdal dans une formation de Master en Développement Rural. Parallèlement aux formations, des expérimentations auprès de communautés agricoles, conduites par l’équipe ADAA (Area de Desarrollo Agrario) de la UCA, ont permis de mettre à l’épreuve et adapter ces approches. Le suivi et la réflexion collective sur ces travaux de terrain et sur les difficultés rencontrées, ainsi que plusieurs travaux d’étudiants ont permis une analyse des résultats et d’en tirer des enseignements. (cf. « Interrogar otros puntos de vista sobre desarrollo rural. Sistematización de la implementación  del enfoque Gerdal en las comunidades de la subcuenca Maunica-Carbonal » , 2007-2010).
  • Avec Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF), une analyse comparative de différents dispositifs d’appui aux paysans autour d’objectifs de transition agroécologique ; analyse qui a notamment fait ressortir l’importance de mieux prendre en compte les dimensions sociologiques en jeu dans ce type de dispositifs, et plus globalement dans les processus de changement attendus (Cf. « Les dispositifs d’appui aux transitions agroécologiques : du transfert de technologies à la dynamisation de processus locaux d’innovation ». Dietsch et al., 2019). 
  • Depuis 2017 un appui auprès de l’ONG française APDRA Pisciculture paysanne. Mené sur la durée, en combinant formation et interventions de terrain, cet appui a permis une réflexion collective approfondie au sein de l’équipe APDRA Madagascar sur la manière d’intégrer la démarche de Recherche co-active de solutions dans ses stratégies d’intervention en faveur du développement de la pisciculture paysanne (cf. « Développer la rizipisciculture grâce à la recherche coactive de solutions ». Document de capitalisation, APDRA, 2023.

Ces collaborations avec des acteurs de développement dans les pays du Sud se poursuivent aujourd’hui, par exemple avec l’organisation belge Collectif Stratégies Alimentaires (CSA) dans l’appui à ses organisations de producteurs partenaires au Burundi, République Démocratique du Congo et Philippines. Les motifs de partenariat avec le Gerdal sont liés de façon récurrente à des préoccupations sur l’efficacité de leurs services d’appui aux producteurs et à leur souhait de mieux répondre aux difficultés et problèmes que ces derniers se posent. Il peut s’agir aussi d’expérimenter des démarches de recherche-action (en partenariat avec des chercheurs) conçus comme des processus de Recherche co-active de solutions à certains de ces problèmes. Outre le renforcement des formations – des compétences- d’agents et cadres du développement agricole et rural dans ces régions à forte population agricole, un des enjeux de ces collaborations est de créer les conditions d’une réflexion collective au sein des équipes sur leurs modes d’intervention, d’une capacité à questionner les « logiques de projets » (souvent décalés par rapport aux logiques d’action des populations paysannes), et de contribuer ainsi à une plus grande autonomie et efficacité d’action.

Bien que situés dans des contextes spécifiques différents du contexte français, les questionnements des agents sur la pertinence des logiques de projets, sur les liens entre recherche et intervention de développement, entre chercheurs, techniciens ou conseillers, et agriculteurs, ou encore sur les dynamiques de changement de pratiques et leurs déterminants sont en fait assez similaires.

7- Au fil des années, de nouvelles problématiques et un élargissement des partenariats, toujours à l’interface entre recherche et développement

Au fil des années, sur la base des résultats des expérimentations et des recherches développées depuis les années 80, ainsi que de l’évolution des demandes adressées au Gerdal et des partenariats, les travaux de recherche et les terrains d’intervention se sont élargis et diversifiés. Les questions sur les processus de changement : comment les agriculteurs transforment les règles d’action qui guident leurs pratiques, traitent les demandes- injonctions qui leur sont adressées, et sur quelles dynamiques socioprofessionnelles cela repose, restant cependant plus que jamais d’actualité, notamment autour d’enjeux de transition agricole et alimentaire, mais aussi de profonde reconfiguration du monde agricole et des métiers.

  • Concertation, coopération pour l’action : les conditions d’efficacité du dialogue entre acteurs de points de vue différents pour résoudre des problèmes complexes. Les questions de concertation entre agriculteurs et environnementalistes (et plus largement entre le monde agricole et les acteurs intervenant dans le cadre de politiques publiques locales de protection des ressources naturelles), sont devenues récurrentes. Les chantiers menés par le Gerdal, à partir des années 2000 (par Jacqueline Candau et Claire Ruault, en partenariat avec l’INRA de St Laurent de la Prée sur le marais charentais dans le cadre du programme national de recherche sur les zones humides (PNRZH), ou avec Marion Diaz sur les bassins versants Bretons dans le cadre des politiques publiques régionales de protection de la ressource en eau) ont permis de construire une démarche d’analyse des dimensions en jeu dans la concertation entre acteurs de points de vue différents, et des conditions d’un dialogue productif. Partant de là le Gerdal a développé un axe de recherche et d’expérimentation spécifique autour de la question des dispositifs pluri-acteurs de travail et des conditions de leur efficacité pour produire des réponses pertinentes aux problèmes à résoudre et construire l’action en commun. (cf. Candau & Ruault, 2002 et 2006 ; Ruault & Lémery, 2008 ; Ruault, 2017) . Les propositions de méthode qui en découlent, en direction des acteurs impliqués dans de telles démarches, sont depuis mises à l’épreuve et ajustées en permanence autour de problématiques variées : gestion-protection des ressources naturelles, articulation entre développement urbain et maintien de l‘agriculture autour des villes (exemples : projet PALDU ; DAUME , relocalisation de filières, développement des circuits courts, etc.

L’émergence de programmes de développement territorial dans lesquels les agriculteurs sont sollicités de façon spécifique, a amené le Gerdal à porter une attention particulière aux conditions de construction d’une voix professionnelle collective susceptible de contribuer à l’élaboration d’actions pertinentes au regard d’enjeux qui ne font pas consensus.

  • Évolution des métiers du conseil et du développement agricole, consolidation et adaptation des outils méthodologiques d’appui aux agriculteurs et d’animation de développement

Les recherches sur les métiers du conseil agricole initiés par Bruno Lémery, qui en avait fait l’objet de sa thèse en 1991, se sont poursuivies pour cerner les évolutions des métiers et compétences en lien avec les reconfigurations institutionnelles du champ du conseil agricole, ou avec la montée en puissance du développement territorial et l’arrivée de nouveaux acteurs tels que les collectivités territoriales. Autour des enjeux de transition agroécologique, les conseillers, animateurs, techniciens sont aujourd’hui en première ligne. Les travaux du Gerdal visent à analyser leurs positionnements, leurs marges de manœuvre dans des systèmes d’acteurs institutionnels complexes, et à fournir des moyens d’analyse pour penser- questionner- le rôle d’appui au changement, et des outils de méthode pour intervenir. Les objectifs de changement de pratiques sont revenus au premier plan – mais ils l’ont peut-être toujours été ! – des programmes et projets de développement. Une des questions récurrentes adressées au Gerdal porte sur « comment s’y prendre pour créer ou renforcer des dynamiques collectives autour de tels objectifs, sur quelles bases constituer des groupes qui fonctionnent, comment les « animer » et les maintenir sur la durée ? » (voir article « Accompagner les transitions agricoles et alimentaires : combiner capacités d’analyse et compétences d’intervention » AES 14-2).

Ces questions sont explorées à partir de situations concrètes d’intervention de développement sur des territoires et autour de problématiques spécifiques (diminution de l’usage des pesticides sur des bassins versants autour d’enjeux de qualité de l’eau, développement de circuits courts, évolution des pratiques en santé animale …). Les outils méthodologiques proposés par le Gerdal pour aider les agents dans leur travail, s’ils restent ancrés dans les fondamentaux de la Recherche Coactive de Solution (Darré, 2006) (lien), sont constamment mis à l’épreuve de la pratique et adaptés aux situations, à la fois au regard des conditions institutionnelles de travail des agents et des caractéristiques du tissu agricole local. Les questions soulevées par les agents et les difficultés qu’ils rencontrent ne peuvent pas en effet se résumer à des questions de méthode d’animation. (voir article « Les agents de développement face au défi de la transition agroécologique : complexification des métiers dans un contexte brouillé « AES 14-2).

  • L’étude des dynamiques propres au développement de l’agriculture biologique. Dans les années 1990, c’est un questionnement de la FNAB adressé au Gerdal, sur la position des agriculteurs bios dans le milieu agricole, qui donne lieu aux premiers travaux sur l’agriculture biologique. Poursuivis durant plus de dix ans, ils ont permis d’avoir une vision de l’évolution des profils d’agriculteurs biologiques et de leur insertion dans les réseaux professionnels locaux, débouchant notamment sur la notion de double appartenance des agriculteurs biologiques (cf. Le Guen et Ruault, 1994 ; Ruault, 1992).

Entre 2011 et 2020 la question des liens entre agriculteurs bio et agriculteurs conventionnels, et de leur rôle dans l‘évolution des pratiques agricoles est revisitée autour des enjeux de santé animale et de diminution des antibiotiques (plan Ecoantibio, mis en place par le Ministère de l’agriculture en 2011), dans le cadre d’un partenariat autour de l’ITAB et avec de nombreux organismes de développement, de formation et des groupes d’éleveurs (projets Synergie et Otoveil .

Élargissement des partenariats de développement et de recherche (Voir rubrique Activités)

Parallèlement à l’évolution des thématiques et terrains de recherche- intervention depuis les années 2000, et encore plus depuis 2010, les partenariats de recherche ou de développement du Gerdal (anciens tels que : instituts techniques et INRA, Chambres d’agriculture, Civam, TRAME, CUMA et FNCUMA, coopératives, enseignement agricole …) se sont élargis à de nouveaux acteurs, à l’image de la diversification des intervenants autour de l’agriculture :  collectivités territoriales (régionales et locales), parcs naturels régionaux, comités de bassins versants et agences de l’eau, CPIE, associations professionnelles spécialisées (santé animale, agroforesterie, circuits courts, etc.)…

Ainsi les sollicitations adressées au Gerdal sont aujourd’hui extrêmement variées, mais on notera qu’une part importante des préoccupations qui traversent l’ensemble du monde du développement autant que de la recherche-action, porte sur les difficultés à engager les agriculteurs dans des dispositifs se voulant « participatifs », de « co-construction » ou « co-conception », en lien avec des objectifs de transition agroécologique notamment. L’analyse – et la compréhension de ce qui peut expliquer – les écarts entre de tels objectifs et ce que les équipes arrivent à faire concrètement sur le terrain est un axe de recherche qui vise à éclairer autant l’évolution des dynamiques agricoles que les tensions à l’œuvre dans les métiers du développement agricole et territorial (cf. Dietsch & Ruault, 2010 et Rapport Ifrée- Gerdal 2023 «Évolution des modes de production agricoles en faveur de la préservation de la ressource en eau: où sont les « freins au changement ? Réflexion sur les limites de l’intervention centrée sur l’animation agricole », 2023. Ce sont aussi des chantiers (sur la conception d’itinéraires techniques économes en intrants, la mise au point de méthodes préventives en santé animale, la gestion des prairies, la sélection variétale…) où la question, chère au Gerdal, de la place respective des experts et chercheurs, d’un côté, et des praticiens de l’autre, dans la production de connaissances continue de se poser de façon aigüe.

Copyright 2022 | Site réalisé par BDstudio | Tous droits réservés | Consulter les Mentions légales
Page load link
Aller en haut